La réponse de Benoît Cornulier, linguiste spécialiste de rythmique poétique

J’ai malgré la relative incompétence que je vous ai avouée une sorte de réponse à priori: il est difficile de faire une analyse « révolutionnaire » de ce sonnet pour la simple raison que, comme Cosme le rappelle, un tas d’analyses ont été déjà proposées, depuis des dizaines d’années, qui partent dans tous les sens.

Ou bien alors elles sont toutes révolutionnaires, celle de Cosme, à son tour, comme les autres, mais c’est vexant pour chacun des uniques révolutionnaires… La principale difficulté, dont Cosme est évidemment conscient, c’est de faire une nouvelle analyse non seulement nouvelle (« révolutionnaire »), mais… juste et convaincante. Sur ce dernier point, la nouveauté,je dois avouer ne pas être assez au courant des analyses plus ou moins récemment proposées pour savoir si celle-ci à son tour est nouvelle, et dans quelle mesure, notamment à l’égard des chevaliers de l’Apocalypse, de « 666 », et des couleurs fondamentales. De mieux informés que moi le diront.

En supposant que ces idées soient nouvelles, elles paraissent intéressantes. Pour être pleinement convaincantes, il faudrait qu’elles éclaircissent avec suffisamment de précisions un nombre non négligeable de détails ou aspects du texte. Sur ce point-là je ne suis pas encore convaincu, même à m’en tenir aux seuls mot que Cosme rapproche de ses clés; ainsi pénitentes, ivresses, colères, par exemple, sont des notions assez banales pour qu’un simple recoupement lexical rende de simples rapprochements très significatifs.

J’aimerais voir une analyse qui, notamment, justifie pourquoi toutes les rimes sont féminines sauf la dernière, contrairement à la règle traditionnelle d’alternance selon laquelle deux mots comme « Voyelles » et « latentes » ne peuvent pas se succéder à la rime. Sur ce détail, qui a un petit air de clé rythmique, je crois que David Ducoffre a signalé (sur son blog « paintedplates » peut-être?) que, du tout début à la toute fin du sonnet, on passe du mot-rime « Voyelles » au mot-rime « Yeux » (à terminaison rythmiquement masculine), donc d’une rime rythmiquement (et sémantiquement) féminine en « elles » à une rime rythmiquement et sémantiquement masculine en « eux »; donc d’elles à eux; ça ne doit pas être gratuit; à quoi s’ajoute que « Voyelles » est en relation de contre-rime avec « Voyant » dans ce poème d’un Voyant qui voit les voyelles. Est-ce que les chevaliers, 666 et couleurs fondamentales expliquent ce détail que je suppose non marginal ?

Accessoirement, Cosme part de l’idée que ce sonnet n’est pas constitué d’une phrase. Ce n’est pas évident : les groupes nominaux noyaux des douze derniers vers peuvent s’articuler à la proposition initiale, que ce soit comme vocatifs, ou en exclamatifs, ou en appositions.