La réponse d’Alain Bardel, Professeur de français et spécialiste de Rimbaud

Dans Cosme, Guillaume Meurice raconte l’histoire d’un de ses amis, dont le prénom, d’origine espagnole (prononcer Cosmé) donne son titre au roman. Parmi les remarquables aptitudes qui permettent à son picaresque héros de tracer tant bien que mal sa voie parmi « nos horreurs économiques » (c’est de Rimbaud), le romancier met en vedette son don et son goût pour les casse-têtes intellectuels, décryptage des codes secrets, problèmes d’échecs et, last but not least, l’exégèse rimbaldienne. C’est ainsi que Cosme, d’ailleurs poète à ses heures, est censé avoir découvert le secret vainement cherché depuis un siècle par les savants rimbaldiens : le sens caché du sonnet des Voyelles.

Bien que « cet un peu fumiste, mais si extraordinairement miraculeux de détail, Sonnet des Voyelles » (c’est de Verlaine) ne me paraisse dissimuler aucun secret particulier, je me suis naturellement précipité sur le roman de Guillaume Meurice (que j’ai lu avec grand plaisir). L’explication des Voyelles offerte par Cosme me paraît « pertinente » … dans son principe, sinon toujours dans son détail. Parmi toutes les interprétations traditionnelles (biographiques, synesthésiques, politiques, érotiques, etc.), la théologique est celle qui paraît de loin la moins farfelue. Parodiquement théologique, s’entend. On ne peut donc qu’approuver le héros du roman quand il oriente sa quête de sens vers Jean de Patmos. Le « suprême clairon », les « mondes et les anges », l’ « Oméga », l’expression « Ses Yeux » (avec majuscule) à la chute du sonnet, manifestation d’une présence divine, évoquent en effet L’Apocalypse (la chose est d’ailleurs si évidente qu’elle a été signalée depuis longtemps). Pourquoi Rimbaud qui était un familier (et un chaud partisan) de l’Apocalypse, n’aurait pas trouvé là, plutôt que dans tel abécédaire de son enfance, comme on l’a dit, l’idée d’épeler l’alphabet de la création selon les couleurs des quatre cavaliers ?

Quant à savoir si le nombre de caractères présents dans le poème recoupe exactement « le nombre de la Bête » (selon Saint Jean : 666), j’avoue que l’outil statistique de mon logiciel de traitement de textes, inutilement torturé, ne me l’a pas confirmé. Mais ìl est possible que le visionnaire de Patmos se soit trompé et que le Chiffre véritable soit … celui donné par Microsoft ! Qui croire ?

 

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