Guillaume Meurice et Cosme : leur livre examiné par les spécialistes de Rimbaud

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Guillaume Meurice avait en partie raison. Son livre “Cosme”, paru en mai dernier chez Flammarion, avait bien de quoi embraser le milieu de la recherche et en particulier celui des experts de Rimbaud. De là à remettre en question des siècles de recherches, n’exagérons rien.
Toujours est-il que, pour connaître l’avis des chercheurs, il fallait bien leur envoyer le livre en question. C’est ce que j’ai voulu faire, pensant naïvement que ma démarche toute simple ouvrirait le dialogue entre Cosme, fils d’immigré espagnol sans diplôme et les universitaires qu’il cherche explicitement à titiller dans le dernier chapitre du livre, affirmant qu’il est le seul, en 146 ans d’analyse rimbaldienne, à avoir percé le mystère du poème « Voyelles ».

C’était sans compter l’incroyable vivacité des universitaires, qui, au cas où on en doutait, ne réagissent pas à moitié lorsqu’on les pique sur leur propre sujet. Les réponses de ces derniers ont été si généreuses, surprenantes, engagées – parfois virulentes – et pointues que j’avoue avoir été totalement dépassée. Je voulais d’abord les synthétiser mais, aussi méfiante qu’une joueuse d’échecs (clin d’œil à l’activité préférée de Cosme) face aux erreurs d’interprétations que je craignais de propager et soucieuse de ce que deviendraient les détails ou notes de bas de page évacués, j’ai décidé de publier chacune d’elles en entier. Malgré les critiques et railleries qu’elles comportent parfois, j’espère qu’elles contribueront à ouvrir un échange, qu’elles encourageront Cosme dans ses recherches et qu’elles constitueront pour lui une sorte de baptême du feu, une façon d’accueillir le jeune rimbaldien autodidacte dans le « jeu » sévère et éprouvant de l’interprétation littéraire.

Comme je sens bien que je me suis lancée sur un chemin périlleux, je précise évidemment que ce blog n’est ici qu’une caisse de résonance. J’ai personnellement lu avec bienveillance l’histoire touchante de Cosme racontée par Guillaume Meurice. Livre que j’ai par ailleurs conseillé dans le Magazine Causette. J’admets avoir été dubitative quant à sa remise en question des siècles d’analyse du poème de Rimbaud, d’où ma démarche. Mais je ne prends partie ni pour les uns ni pour les autres et considère que la vérité se trouve très certainement au beau milieu de cette bourrasque rimbaldienne. La séance est ouverte.

Yann Frémy, agrégé de lettres modernes : Cosme a sa place dans le jeu des études rimbaldiennes

Yann Frémy, docteur et agrégé de Lettres Modernes, ancien co-rédacteur en chef de Parade sauvage, revue d’études rimbaldiennes et auteur de plusieurs livres et d’un dictionnaire sur Rimbaud, avait déjà lu le livre avant cette enquête et reçu les auteurs dans le cadre d’une conférence à Strasbourg. S’il considère certains points de vue de Cosme comme discutables, il estime aussi que son apport dans l’étude du poème le plus mystérieux de Rimbaud a tout à fait sa place dans la littérature universitaire à ce sujet.

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Benoît de Cornulier, linguiste : des idées nouvelles sur Rimbaud

Benoît de Cornulier est un linguiste français, professeur émérite de l’Université de Nantes, spécialisé en métrique, en pragmatique, en phonologie et sémantique des actes de parole en particulier chez Rimbaud, Verlaine, Mallarmé. S’avouant peu à même de répondre précisément à l’analyse de Cosme, il vient tout de même lui poser quelques questions et apporter des pistes d’amélioration aux recherches de Cosme.

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Alain Bardel, auteur d’un site web sur Rimbaud : une analyse pertinente mais…

Alain Bardel est professeur de Français et auteur d’un site web sur lequel il réunit diverses interprétations de Voyelles ainsi qu’une bibliographie commentée offrant un panorama très complet de la question. Pour lui, l’explication des Voyelles offerte par Cosme paraît « pertinente » dans son principe… sinon dans ses détails.

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Marc Ascione, professeur de lettres, préparant une thèse sur « les problèmes d’interprétation de Rimbaud »

Marc Ascione, professeur de lettres préparant une thèse sur « Les problèmes de l’interprétation de l’oeuvre de Rimbaud », nous transmet une analyse extrêmement fouillée des différents niveaux de lecture de « Cosme » de Guillaume Meurice mais aussi des grandes interprétations qui ont marqué l’histoire du poème Voyelles, en s’attardant sur celle attribuée à Faurisson, dont le livre de Meurice, selon lui, ne balaye pas assez rigoureusement les soi-disant interprétations.

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David Ducoffre, auteur d’une thèse : Cosme mélange l’analyse rimbaldienne et la rancœur contre les universitaires

David Ducoffre, de son côté, est bien remonté. Ancien professeur de français, auteur d’une thèse sur l’Album zutique, d’articles sur Rimbaud dans des revues spécialisées et bientôt éditeur d’œuvres complètes commentées de Rimbaud en 2020, il considère que Cosme commet d’abord l’erreur de mélanger ses analyses rimbaldiennes à des propos  contre le milieu de la recherche universitaire. Mais ensuite, il n’est selon lui pas assez renseigné et n’apporte pas de clé.

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Georges Kliebenstein, spécialiste de Rimbaud et Verlaine : « l’illusion cosmique »

Georges Kliebenstein, maître de Conférences en Langue, littérature, rhétorique et stylistique françaises, auteur de livres et articles sur Rimbaud et Verlaine, a commencé par accueillir de façon très ouverte et sans a priori le livre de Guillaume Meurice avant d’y voir finalement une « illusion cosmique », celle de Cosme qui n’a selon lui pas opéré de grandes découvertes. Ou plutôt, pour utiliser ses termes, qui se « moque du monde » !

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Philippe Rocher, auteur d’une thèse sur le langage chez Rimbaud : le débat est ouvert

Philippe Rocher est spécialiste de Rimbaud, auteur d’une thèse en Sciences du Langage à Nantes intitulée “Rimbaud à la loupe. Contribution à une poétique de Rimbaud”(sous la direction de Benoît de Cornulier). Indépendamment de la lecture de Cosme, il vient d’écrire un article sur Voyelles à paraitre l’an prochain dans les hommages à Jean-Jacques Lefrère (biographe de Rimbaud) aux Editions Classiques Garnier. Sa réponse à Cosme prend très au sérieux le livre de Guillaume Meurice, note ses apports, ses forces d’interprétations, de narration, ses faiblesses et anachronismes, tout en s’interrogeant finalement sur les vraies intentions de Guillaume Meurice, auteur du livre. Et par une liste de questions indirectement adressées à l’auteur de ce livre, sous-tendues par celle de savoir si finalement il se moquerait de nous ses lecteurs, il apporte une conclusion parfaite, mi-ironique, mi-très-sérieuse à notre dossier.

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2 réflexions sur « Guillaume Meurice et Cosme : leur livre examiné par les spécialistes de Rimbaud »

  1. Wow,Lauren! Je comprends que tu n’aies pas de temps pour toi. Ton travail est tellement profond et intelligent que j’avoue que c’est difficile pour moi de tout comprendre. J’ai essayé de lire Rimbaud quand j’étais jeune et je me souviens que j’avais déjà du mal. J’aime tes recherches et ton analyse et j’admire qu’il y ait eu tant d’intérêt. Merci de me l’avoir envoyé! Je t’embrasse très fort! Orly

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