Podcast : « Clientèle » de Cécile Reyboz, le teaser audio

Roman baladeur #5

Cet épisode des « Romans Baladeurs » est à part ! D’abord, parce que c’est le premier que j’aie enregistré. Ensuite parce qu’il m’a amenée à rencontrer l’auteure du livre adapté, Cécile Reyboz et que celle-ci m’a encouragée, non seulement à le diffuser, à le décliner pour d’autres livres, mais aussi à rencontrer Zidane Boussouf, talentueux réalisateur qui y a ajouté ses « aromates » sonores comme il appelle cela.  Voici le résultat, je vous le soumets, j’espère que vous l’aimerez.

Les fables hyper-réelles et cruelles de l’entreprise. Les « Romans Baladeurs » sont nés d’une pulsion physique. J’étais dans le métro en train de lire le roman « Clientèle » de Cécile Reyboz. J’ai ressenti ce texte de l’intérieur. L’histoire est racontée par une avocate du travail qui fait défiler dans son bureau des personnes sur le point d’attaquer leur entreprise. Derniers rescapés d’un asservissement volontaire et suicidaire : celui du salariat. Certaines de ces personnes contactent l’avocate par réflexe, sorte d’habitude de dégainer l’arme juridique. D’autres, au contraire, ne savent absolument pas ce qu’ils font, ont déjà perdu tout espoir, courbé l’échine bien trop longtemps avant de tenter ce dernier recours de l’attaque aux Prud’hommes souvent conseillée par leurs proches. Ce livre dit tout de la farce théâtrale et de la finesse des cruautés humaines qui se jouent dans un open space. La romancière et avocate Cécile Reyboz raconte cela avec une telle attention aux détails minuscules, une telle tendresse pour ces personnes qu’elle parvient à rendre le monde de l’entreprise aussi grotesque, insoutenable et pourtant poétique que ce qu’il peut l’être dans la réalité.

Comment est né l’idée des « Romans baladeurs ». C’est à partir de ce ressenti de lectrice, cette impression de lire ici des émotions que j’avais moi-même éprouvées, sur lesquelles j’ai beaucoup écrit tout en ne parvenant pas à m’en débarrasser que je me suis mise, dans le métro, à en murmurer certaines phrases pour moi à faible voix. Une fois arrivée chez moi, je les ai lues à haute voix. c’était ma seule façon de le toucher de plus près, de l’éprouver de façon sensorielle. Je l’ai ensuite recopié, légèrement adapté pour le sentir d’encore plus près, j’ai attrapé le dictaphone et j’ai enregistré. Quand j’étais petite, je copiais les paroles des chansons que j’adorais en mettant pause sur le magnétophone. C’était ma façon d’aimer les chansons, de partager un vrai moment avec elles. Quand j’ai su parler anglais, je me suis mise à traduire les paroles. Je rentrais chaque feuille dans un classeur. Pour moi, c’est un peu la même démarche, une façon de discuter avec le texte, d’agir avec lui, sur lui, de me promener à l’intérieur et d’utiliser ses mots à lui pour dire ce qu’il agite en moi.

Zidane Boussouf est créateur sonore. C’est Cécile Reyboz qui m’a conseillé de l’appeler en me disant qu’elle aimait la façon dont il s’appropriait les sons, accentuait les ambiances sans les altérer. C’est exactement ce qu’il a fait ici avec ce premier « Roman baladeur » dont il s’est longuement imprégné avant d’y apporter ses « touches » par « touches ». Comme il me l’a dit lui-même, il a souhaité que « d’une oreille discrète on saisisse le texte et l’interprétation mais que, en tendant une autre oreille, plus attentivement, au casque par exemple, on surprenne tout un univers derrière, une vie à la fois sourde et bruyante« . Cette nappe poétique feutrée que Zidane a apporté à l’intérieur de mon enregistrement a beaucoup de sens pour moi. J’espère que cela vous plaira aussi.

Durée : 8 minutes

Pour écouter le podcast sur Soundcloud, c’est ici.

« Romans baladeurs » est une chaîne de podcasts sur laquelle je présente mes livres préférés, contemporains et classiques, librement adaptés sous forme de brefs teasers audio, convaincue que, de la bouche à l’oreille, il existe de nouveaux « sens » pour la littérature.

Merci à Cécile Reyboz, Zidane Boussouf et les éditions Actes Sud d’avoir autorisé et soutenu cette adaptation. Encore des mercis @Serge pour le logo + l’image, tirée de l’affiche du film « The Christine Jorgensen story ». Et longue vie aux podcasts !

Une réflexion sur « Podcast : « Clientèle » de Cécile Reyboz, le teaser audio »

  1. Oui , Lauren, cette histoire est bien cruelle. Figure-toi, que ça m’a rappelé une autre histoire de ce genre (sic) qui m’est arrivée il y a peu de temps. Je ne te précise pas les circonstances précises , pour des raisons personnelles car je n’ai nulle envie de raconter ma vie , mais j’ai eu à partager pendant une quinzaine de jours, une chambre , avec une jeune femme « trans-genre « , qui s’appelait Arthur (incroyable mais vrai).

    J’ai pu parler avec elle, et elle s’est avérée être une fille très intelligente , très gentille et sensible , elle avait environ 20 ans , et je cherchais à comprendre ce qu’elle vivait, et visiblement c’était très douloureux , car ses parents ne comprenaient pas ce qui se passait, et , de ce fait, la rejetaient plus ou moins. Son apparence n’avait rien de spectaculaire , elle avait tout à fait l’air d’ être une fille, et sa voix était celle d’une fille de 20 ans , elle avait juste les cheveux courts mais juste comme une coupe courte , « normale », comme on en voit chez plein de femmes…. La seule chose qui la différenciait , dans son habillement , par ailleurs tout fait normal, c’était qu’elle portait un soutien-gorge spécial qui lui comprimait complètement la poitrine, et qu’elle me disait avoir trouvé sur internet . Si elle avait des problèmes avec ses parents , elle n’en avait pas avec ceux de ses ami(e)s qui la comprenaient . Je ne me souviens plus quelles étaient les études qu’elle suivait en tout cas cela ne lui posait aucun problème. Je n’ai pas réellement compris ce qu’elle m’a expliqué sur les trans-genre , et je dois dire que par la suite je n’ai pas cherché à en savoir plus . Je ne l’ai jamais revue , mais en écoutant ton podcast, cette rencontre m’est revenue , et je me souviens d’une fille qui n’avait absolument pas l’air d’être un garçon manqué , ou ayant un comportement masculin, juste quelqu’un de très sympathique et de particulièrement gentille et attentive….J’ l’appellais donc « Arthur » comme elle le désirait , et j’ai raconté cette histoire à mon frère , bien évidemment , je te laisse deviner sa réaction…

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