Portrait : Géraldine Martineau, la Petite Sirène et son Prince

Sortir #2

Pourquoi vous parler de Géraldine Martineau maintenant, alors que je lui consacre un portrait dans Causette en juillet ? Parce que son seule en scène, « Aime-moi » est déjà à l’affiche depuis le 6 juin, parce que la Comédie française annonce son adaptation de « La Petite Sirène » en novembre et surtout parce qu’il me fout le vertige ce portrait, comme toujours quand je parle de quelque chose que j’aime vraiment et dont j’ai suivi le processus créatif d’aussi près. Voici donc quelques mots sur elle et aussi un extrait audio, enregistré sous le manteau, du café qu’on a pris ensemble entre deux répétitions.

Géraldine Martineau sur tous les flots

25 JUIN, SUR MON ORDI. Au moment où je vous écris, j’ai déjà un document Word ouvert consacré au portrait que je dois rendre pour le Hors série de Causette à son sujet, un fichier audio pour monter notre discussion enregistrée au café sur dictaphone et je me prends déjà le chou sur la façon dont je pourrai suivre à la rentrée le « making-of » de son adaptation de « La Petite Sirène » à la Comédie française. Quand j’aime vraiment un truc, c’est toujours pareil, je n’arrive pas à le lâcher. Je suis vraiment journalistiquement faite pour cette époque… infichue de me satisfaire d’un seul support, suppliant les rédac-chefs de me surexploiter jusqu’à la moelle !

Quand souffle le vent de Marc Lavoine

25 MAI, AU FILAGE DU SPECTACLE. Il y a un mois, Géraldine m’a invitée à assister aux répétitions de son premier seule en scène « Aime-moi » à la Nouvelle Seine, une salle installée sur une péniche en face de Notre Dame. Un spectacle qu’elle a écrit elle-même en solo, encouragée par Marc Lavoine avec qui elle jouait en 2016 pour la pièce « Le Poisson belge » qui lui a valu son Molière de la révélation féminine et qui sentait qu’elle devait écrire son texte bien à elle. « A ma façon de parler, ma façon de m’exprimer, il sentait que j’avais une façon sûrement bien à moi d’écrire ».

La danse des fonds marins

LE PITCH. Ce spectacle, si on veut le pitcher au premier degré, raconte les tracas d’une célibataire de trente ans qui s’essaye à une thérapie de groupe pour comprendre pourquoi elle ne trouve pas l’amour. Ces grandes questions avec lesquelles on essaye parfois d’amuser la galerie par politesse alors qu’au fond, elles forment un puits sans fond d’angoisses existentielles ! Des abîmes où Géraldine danse et s’amuse avec autant de grâce, de poésie, que d’humour.

D’une Blondine ondulée au vieux garçon ratatiné

NOTES POUR MON PORTRAIT DANS CAUSETTE. Dès les premières minutes sur scène, c’est une évidence. Alors qu’elle s’apprête à dérouler ses histoires de cœur en employant les codes du spectacle d’humour classique pour mieux les détourner, quelque chose se passe. “Quelque chose” qui nous fait oublier dans la seconde où nous sommes et avec qui nous y sommes. Ce “quelque chose” dont Marc Lavoine, encore lui, n’arrêtait pas de parler sur les plateaux télé quand il venait de la rencontrer et qu’il était ébahi, chaque soir, de jouer à ses côtés, répétant à l’envi que la star, cette fois, ce n’était pas lui, c’était bien elle. Quelque chose qui porte un nom : le théâtre. La seconde d’avant, Géraldine partageait un dessert avec nous, parlait du trac qu’elle ressentait à l’idée d’avoir notre verdict pour ses premières répétitions. La seconde d’après, nous ne savons plus qui elle est. Une « Blondine » ondulée, un vieux garçon ratatiné, une bourgeoise empruntée ou une chatte nymphomane azimutée. On ne sait plus si sa voix naturellement imbibée de larmes va nous faire mourir de rire ou bien pleurer. Ce qu’on sait, c’est qu’elle s’appelle Gerry. Qu’elle dit oui, puis non. C’est à elle de décider, nous sommes entre ses mains. Elle qui n’arrête pas de soutenir, dans la pièce comme en coulisses, qu’elle a toujours été trop docile dans sa vie, qu’elle n’est bonne qu’à jouer les poupées qui dit oui, à peine entrée sur scène, l’air de ne pas y toucher, est en train de nous mener, nous spectateurs, par le bout du nez.

Jamais vu la Petite Sirène d’aussi près

DE « AIME-MOI » A LA PETITE SIRENE ». Une fois, un type un peu idiot m’a dit que pour savoir si une femme était vraiment belle, il fallait la scruter de très près comme avec un miroir grossissant. Cette idée n’est pas si débile quand il s’agit d’un artiste. Géraldine Martineau fait partie de ceux dont on reconnaît les aspérités et singularités en approchant son oeuvre de très près, en les appréciant d’une oeuvre à l’autre, de la scène aux coulisses. Ce qui relie le personnage principal de son seule en scène, sa Petite Sirène et sa propre histoire apparaît alors comme une évidence. Petite et menue, Géraldine s’est souvent sentie différente et se sentait obligée de jouer les gamines ou gamins, pour plaire à ses producteurs, à ses metteurs en scène, à ses psys, à sa famille ou à ses « dates ». Dans tous ces aspects de sa vie, elle entend désormais apprendre à dire non, à ne pas se perdre ni trop se transformer. Tout un programme dont la progression est à la fois facilitée et corsée par le théâtre. Ce lieu qui aime les différences mais qui impose aussi de les rendre séduisantes ! Comment prêter son corps à son métier sans le perdre ? Comment offrir son intimité à un homme sans se laisser piétiner ? Comment séduire, attirer, attraper sans se laisser aspirer et sans se noyer ? Et surtout comment danser au milieu de toutes ces questions abyssales sans plonger ? Ce sont les questions qui ont amené Géraldine à ce grand écart magique entre son spectacle d’humour noir « Aime-moi » d’un côté sur la péniche de la Nouvelle Seine et son adaptation de « La Petite Sirène » à la Comédie française du 17 novembre au 6 janvier.

Le « happy end » d’Andersen

PAS SI TRISTE QUE CA. Un grand écart en forme d’acrobatie sous-marine, aussi légère, gracieuse et amusante que soucieuse et profonde dont Géraldine me parle ici dans cet extrait enregistré – le son est artisanal mais c’est fait exprès ! Elle s’interroge sur l’itinéraire de la Petite Sirène, ses transformations, ses sacrifices, leurs raisons et leurs déraisons et se demande surtout, parce que toute la question est là, au fond, si oui ou non elle est finalement « fichue amoureusement ». Et si admettre qu’elle le soit serait si grave que cela.

« La Petite Sirène s’est trop sacrifiée, ce n’est pas possible que le Prince l’aime ! Andersen ne pouvait pas faire de « Happy end » alors qu’elle s’est transformée à ce point là… C’est trop ! »

Rendez-vous chaque mercredi à la Nouvelle Seine pour découvrir son spectacle. En juillet dans Causette pour lire son portrait by moi et puis en novembre à la Comédie française. Autant de ricochets que je suivrai de très près et dont je vous reparlerai !

2 réflexions au sujet de « Portrait : Géraldine Martineau, la Petite Sirène et son Prince »

  1. Coucou Lauren, voila un article qui me donne trés envie de (re)lire La Petite Sirène ,d’autant que j’ai complétement oublié l’histoire , je ne saismême pas si je l’ai lue. La sirène de Géradine Martineau, passe de l’eau à la terre et de la terre à l’air , quid du feu ?

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  2. Le pont entre les deux projets de Géraldine, pourtant si différents, est très intéressant. J’ai vu et aimé « Aime-moi » et j’ai hâte de voir La Petite Sirène. Merci pour ce beau billet Lauren.

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